Mettre fin à la pollution de l’eau dans l’Yonne

L’Yonne est trop fréquemment victime de la pollution des eaux. Le 18 février dernier, la consommation d’eau du robinet a été interdite à Champignelle, Tannerre en Puisaye, Villeneuve les Genêts, Septfonds (et d’autres hameaux ainsi que quelques  maisons à Mézilles) en raison d’une pollution à un herbicide, le métazachlore. Les analyses ont relevé une teneur de cet herbicide de 7,4 microgramme par litre, alors que la limite de qualité est fixée à 0,1 µg/l. Parmi les autres exemples récents, à l’été 2014, le puits de captage de Saint-Aubin avait été pollué. A l’été 2013 une interdiction est prise à Chemilly, à cause d’une pollution d’origine agricole (un herbicide viticole, le Terbuméton-deséthyl, interdit depuis 2003). De même, à Beaudemont (sud de Villeneuve sur Yonne), l’eau a été interdite de novembre 2015 à mars 2016, à cause d’une pollution au déséthylatrazine (interdit depuis 2003 mais toujours présent dans le sol).

Dans l’Yonne, 273 captages sont en service, 116 captages n’étant plus utilisés notamment pour des problèmes de dépassements de normes des taux en nitrates et en produits phytosanitaires.

Une étude publiée par UFC que Choisir sur la qualité de l’eau révèle que l’eau de 77 communes de l’Yonne est non conforme sur un test de 50 contaminants (pesticides, nitrates) et paramètres physico-chimiques (plomb) définis par la réglementation.

  • Il s’agit principalement de polluants agricoles : Etais-la-Sauvin, Irancy, Bazarnes, Saint Amand en Puisaye, Champignelles, Villeneuve les Genêts, Tannerre (sur le réseau Charny Louesme), Auxerre ;
  • mais aussi des pollution des canalisations (plomb, principalement) : Coulanges-la-vineuse, Gy-l’Eveque
Nous devons agir.

Les nitrates peuvent provoquer un empoisonnement du sang chez le nourrisson (méthémoglobinémie, maladie bleue du nourrisson) et à faible concentration, les nitrates peuvent également engendrer à long terme des cancers chez les adultes lorsqu’ils sont associés à certains pesticides avec lesquels ils forment des composés cancérigènes.

La source majeure d’origine des nitrates dans le sol sont les engrais azotés (directement sous forme de nitrates, soit sous forme d’ammoniac  ou d’urée). La majorité de l’eau est consommée par les plantes mais s’il pleut après l’épandage, les nitrates vont être lessivés et emportés directement dans les cours d’eau soit s’infiltrer vers les nappes . Il faut lutter contre la surfertilisation des sols et viser très juste,  ne mettre que ce dont les cultures ont réellement besoin (et apporter  l’engrais, en plusieurs fois, sans que ca affecte le rendement).

Plusieurs mesures nous semblent utiles :

  • Un calendrier d’interdiction d’épandage pour certaines fertilisants (visant à limiter le lessivage),
  • le stockage des effluents d’élevage,
  • un meilleur dosage de l’azote,
  • prévoir des distances d’épandages,
  • assurer la couverture des sols pour limiter les fuites d’azote lors des périodes pluvieuses,
  • la couverture permanente le long de certains cours d’eau.

Pour  traiter les eaux souterraines, nous proposons une méthode pas encore généralisée mais peu onéreuse, qui consiste à forer autour d’un captage une dizaine de trous pour injecter dans l’ordre de la nappe un composé organique tel que du méthanol, ou un sucre, qui va fournir aux bactéries dénitrifiantes le substrat qui alimente leur métabolisme. Si la nappe est profonde ou protégée de la surface par un écran argileux, alors les bactéries n’auront pas assez d’oxygène pour respirer, et se mettront à consommer les nitrates.


La pollution aux pesticide concerne surtout les eaux de rivières (à cause des épandages) mais également les eaux souterraines. Les eaux souterraines sont contaminées à des niveaux très inférieurs aux eaux de surface mais la contamination des eaux souterraines est le signe d’une dégradation profonde et durable des eaux (les mesures de limitation d’épandage et de dosage des pesticides n’ont eu pratiquement aucun effet sur les concentrations relevées dans les eaux souterraines).

La France est le troisième consommateur mondial de pesticides, sans être le 3ième pays par la surface agricole utilisée (100.000 tonnes par an, dont 90 % utilisés en agriculture). Plusieurs centaines de molécules sont utilisées, leur toxicité n’est pas toujours connue.

Sur ce dossier, il ne faut pas se précipiter : l’interdiction de l’atrazine en Bretagne a été suivie d’un effet pervers: l’utilisation de produits comparables mais avec des doses multipliées. Nous pourrions tout d’abord, comme c’est le cas en Allemagne,  calculer le dosage par type de sol mais aussi généraliser les mélanges de molécules : l’efficacité d’un produit peut être démultipliée par l’association avec un autre produit, ce qui permet de réduire les dosages (c’est l’exemple des betteraviers de l’Artois).


Sans enter dans les détails techniques, nous voyons un ensemble de mesures à mettre en oeuvre :

→ Insister sur la prévention et la protection des captages d’eau (coût 2,5 fois moins élevé que le traitement de l’eau polluée).

→ Pour la prévention auprès des agriculteurs, le financement d’aires de lavage des pulvérisateurs de pesticides peut être une piste (l’agence de l’eau du Rhône subventionne de telles aires) – elles peuvent être collectives.

→ Permettre des alternatives, par exemple pour lutter contre les « vivaces » avec des cultures nettoyantes ou désherber les plantes adventices (« nuisibles ») avec des techniques mécaniques.

→ Bulletins de santé du végétal -disponibles gratuitement sur les sites des Draaf- et qui fournissent aux agriculteurs les informations qui permettent de limiter l’application de pesticides.

→ Agir à travers les programmes de lycées agricoles

→ Enfin, multiplier les fermes pilotes  : 1900 existent en France à travers le réseau Déphy

Sur ce sujet, il s’agit aussi de travailler en concertation entre les services de l’Etat et les Communauté d’agglomération, qui disposent désormais de la compétence GEMAPI – gestion des milieux aquatiques et prévention des inondations -, qui qui devient obligatoire au 1ier janvier 2018.